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ACTUALITE 2011

 

Interview de Michel Ghazal sur  France 24 le 18 octobre à 09h30 sur la négociation entre le Hamas et le Gouvernement israélien pour la libération de Gilad Shalit.

 

Entretien avec Michel Ghazal

 

 

France 24 - Après cinq années de blocage, qu'est ce qui a rendu la négociation possible ?

 

Michel Ghazal  : La libération de Gilad Shalit est la conséquence de la prise en compte par les 2 protagonistes le Hamas et Benyamin Netanyahou d'un intérêt convergent : le besoin de redorer leur image.

 

Pour le Hamas, le Président Abbas, par sa demande de la reconnaissance d'un Etat Palestinien à l'ONU en septembre dernier, leur avait en quelque sorte volé la vedette. Le Hamas, en effet, s'était désolidarisé de cette initiative et s'était trouvé isolé sur la scène internationale et en perte de crédibilité vis-à-vis de la rue palestinienne qui aspire à la paix.

L'obtention de la libération de plus d'un millier de prisonniers palestiniens constitue donc un succès bienvenu pour le Hamas qui se repositionne comme un interlocuteur incontournable dans les négociations futures pour le règlement du conflit israélo-palestinien. Il montre également qu'il est capable de transiger quand il le souhaite.

 

France 24 -  Qui est le gagnant dans cette négociation ?

 

Michel Ghazal  : Je viens de le dire le Hamas mais également le Gouvernement Israélien pour qui cet accord tombe à point nommé.

En effet, le printemps arabe et les bouleversements qu'il a occasionné notamment en Egypte, premier pays arabe à reconnaître Israël, pouvait après les élections prévues dans quelques mois, conduire à la perte d'un allié conciliant du fait de la poussée islamiste.

En parallèle, le mouvement de contestation sociale qu'a connu Israël cet été contre la cherté de vie, rejoignant en quelque sorte le mouvement des indignés dans d'autre pays européens, a surpris complètement le Gouvernement de Netanyahou et l'a rendu plus sensible à la pression de l'opinion publique favorable à un échange de prisonniers. Cette pression s'était accentuée ces derniers mois devenant une cause nationale.

Pour lui donc, il y avait là aussi une fenêtre d'opportunité à saisir au plus vite.

 

C'est ce contexte pour le Hamas et pour Netanyahou qui les a poussé après 5 années de négociations avortées à plus de flexibilité de part et d'autres et à accepter des concessions sur les contreparties exigées. Israël a accepté de limiter, entre autre, le nombre de prisonniers dont il exigeait l'expulsion hors Cisjordanie et le Hamas a renoncé à la libération de 2 leaders politiques impliqués dans des attaques anti-israéliennes notamment Marwan Barghouti et Ahmed Saadat.

 

 

Deux questions Bonus

 

 - Qu'est ce qui a contribué à la réussite de cette négociation ?

 

Michel Ghazal  : J'en retiens 3 conditions.

Nous l'avons vu, c'est d'abord et avant tout, la volonté des deux parties d'aboutir sans laquelle rien n'est possible. Le statu quo était devenu nettement moins intéressant que tout accord négocié.

 

Ensuite, c'est le recours à la médiation Egyptienne . Quand 2 parties sont enfermées dans leurs positions respectives et refusent d'en sortir, trouver une troisième partie acceptable par elles permet de créer des passerelles et d'ouvrir la voie à une possibilité de solution. Le passif, les divergences de perception et les ressentiments sont tellement forts que rien ne sera jamais possible dans ce conflit sans l'intervention de médiateurs avisés.

 

Enfin, c'est la préservation du secret absolu dans cette négociation jusqu'à l'annonce surprise de l'accord qui lui a permis de voir le jour. L'opposition farouche que peut avoir la droite israélienne à tout compromis relativement à la libération de personnes ayant commis des attentats ne pouvait que freiner toute velléité d'aboutir à un accord.

 

 

-   Que pensez-vous de l'accord obtenu ?

 

Michel Ghazal  :   3 aspects méritent d'être soulignés.

 

Le premier, même si ceci ne trompe personne, c'est généralement d'éviter la concomitance entre la libération des prisonniers palestiniens avec la libération de l'otage israélien. Le but est de ne pas être accusé de céder à un quelconque chantage encourageant d'autres prises d'otages à l'avenir. (C'est ce que disent d'ailleurs les opposants à cet accord).

 

Le second, c'est la volonté du gouvernement israélien de ménager les familles des victimes d'attentats en leur donnant la possibilité de déposer un recours auprès de la cour suprême. Ceci dit, celui-ci savait qu'il y avait peu de chance qu'ils soient entendus car cette question sortait du ressort de cette instance. Dans les faits les quatre recours ont bel et bien été rejetés.

 

Le troisième, c'est l'échelonnement des libérations avec d'abord un groupe de 477 prisonniers suivi dans 2 mois de 550 prisonniers supplémentaires conditionnée par la bonne conduite du Hamas durant cette période. Ceci permet sur un plan psychologique d'en atténuer l'importance puisque quelque part cet accord pouvait être interprété que 1 israélien valait 1000 palestiniens.

 

 



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